Initiatives pesticides: Une campagne sans précédent?

Tiré de l’article par Blaise Guignard et Claire Muller dans Terre et Nature, 27.08.2020

voir l’article entier avec l’entretien croisés de deux agriculteurs opposés sur le sujet: https://www.terrenature.ch/face-au-choix-des-initiatives-lagriculture-est-divisee/

Déposés en mai et décembre 2018 à la Chancellerie fédérale, les textes «Eau propre» et «Suisse sans pesticides» agitent depuis lors les campagnes helvétiques et sont considérés par une majorité d’agriculteurs comme les initiatives de tous les dangers. Pas une assemblée de producteurs où la question ne soit débattue; pas une association de défense professionnelle où le sujet ne soit considéré comme hautement prioritaire. Quant à la couverture médiatique du sujet, elle reflète l’opposition entre milieux agricoles majoritaires d’une part, militants écologistes et courants de consommateurs d’autre part. La situation se tend entre une société qui exige une transformation écologique de l’agriculture – sans forcément en imaginer les conséquences – et des professionnels qui se sentent montrés du doigt. «L’ampleur de la campagne est sans précédent», observe Jérémie Forney. Fin observateur des milieux agricoles depuis une quinzaine d’années, l’anthropologue à l’Université de Neuchâtel reconnaît être particulièrement étonné par la vitesse à laquelle les positions se sont cristallisées dès le dépôt des initiatives. «La peur des paysans est compréhensible. Le changement auguré par les initiatives est énorme, et ils ont le sentiment qu’on leur demande de le supporter seuls.» S’il entend parfaitement les craintes et le ressentiment de la profession agricole, il rappelle cependant qu’elle n’est pas unanime quant à l’option qui lui est soumise – et que ses instances majoritaires ne sont pas les seules à avoir la légitimité de décider de la façon dont sont produites les denrées alimentaires. «Oui, les agriculteurs sont compétents, oui, ils doivent être entendus. Mais les questions liées à l’alimentation ont désormais révélé leur nature transversale, touchant aux secteurs de l’environnement, de la santé, du bien-être animal, etc. D’autres acteurs ont donc également leur mot à dire.»
Jérémie Forney regrette en outre l’absence d’un débat rationnel quant à l’usage des produits phytosanitaires. «Les dérives politiques dans les discours des uns et des autres sont regrettables, tout comme la présentation des arguments qui tourne vite à la mauvaise foi.» Poison, famine, déforestation: la rhétorique des deux camps emprunte un champ lexical extrême, remarque encore l’expert. «On a d’un côté l’argument de la sécurité alimentaire, brandi par les milieux agricoles, et de l’autre celui de la santé, revendiqué par les initiants. Ce sont là deux notions fondamentales, utilisées de manière antagoniste, qui prouvent bien que l’alimentation est un objet spécial, vital mais ambigu, et constitutif de notre identité.»une campagne sans précédentDéposés en mai et décembre 2018 à la Chancellerie fédérale, les textes «Eau propre» et «Suisse sans pesticides» agitent depuis lors les campagnes helvétiques et sont considérés par une majorité d’agriculteurs comme les initiatives de tous les dangers. Pas une assemblée de producteurs où la question ne soit débattue; pas une association de défense professionnelle où le sujet ne soit considéré comme hautement prioritaire. Quant à la couverture médiatique du sujet, elle reflète l’opposition entre milieux agricoles majoritaires d’une part, militants écologistes et courants de consommateurs d’autre part. La situation se tend entre une société qui exige une transformation écologique de l’agriculture – sans forcément en imaginer les conséquences – et des professionnels qui se sentent montrés du doigt. «L’ampleur de la campagne est sans précédent», observe Jérémie Forney.Fin observateur des milieux agricoles depuis une quinzaine d’années, l’anthropologue à l’Université de Neuchâtel reconnaît être particulièrement étonné par la vitesse à laquelle les positions se sont cristallisées dès le dépôt des initiatives. «La peur des paysans est compréhensible. Le changement auguré par les initiatives est énorme, et ils ont le sentiment qu’on leur demande de le supporter seuls.» S’il entend les craintes et le ressentiment de la profession agricole, il rappelle qu’elle n’est pas unanime quant à l’option qui lui est soumise – et que ses instances majoritaires ne sont pas les seules à avoir la légitimité de décider de la façon dont sont produites les denrées alimentaires. «Oui, les agriculteurs sont compétents, oui, ils doivent être entendus. Mais les questions liées à l’alimentation ont désormais révélé leur nature transversale, touchant à l’environnement, à la santé, au bien-être animal, etc. D’autres acteurs ont donc aussi leur mot à dire.»

Jérémie Forney regrette en outre l’absence d’un débat rationnel quant à l’usage des produits phytosanitaires. «Les dérives politiques dans les discours des uns et des autres sont regrettables, tout comme la présentation des arguments qui tourne vite à la mauvaise foi.» Poison, famine, déforestation: la rhétorique des deux camps emprunte un champ lexical extrême. «On a d’un côté l’argument de la sécurité alimentaire, brandi par les milieux agricoles, et de l’autre celui de la santé, revendiqué par les initiants. Ces notions fondamentales, utilisées de manière antagoniste, prouvent bien que l’alimentation est un objet spécial, vital mais ambigu, et constitutif de notre identité.»

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